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les chroniques de lA bêcheuse

quAntique

Samedi 29 août 2020, 11h00. Patrick ne connaît pas Sidonie, mais Sidonie connaît le frère de Patrick. C’est un début. Les voilà tous les trois partis en petit voyage dans la ville. Ils passent une journée merveilleuse, toute en douceur, tricotant de ci de là dans les rues, parmi les expositions et autres débits de boisson, discutant paisiblement, de tout et aussi de rien. C’est tranquille, simple et fluide. Ils terminent par une belle traversée en bateau et un repas sur le pouce chez Sidonie. Ils sont heureux, même si Patrick n’aime pas le melon et qu’il y en a sur la table. Les garçons n’habitent pas chez Sidonie, alors ils repartent chacun de leur côté, il est tard. Petit message du lendemain, tout le monde est bien arrivé, c’est très bien. Patrick avoue sa fatigue pendant le trajet de retour, enrobée dans un nuage de béatitude dû à cette si belle journée, alors ça a été, c’est passé.

Patrick et Sidonie se mettent à échanger des petits messages divers et variés, ils se redisent qu’ils ont passé une superbe journée avec Manolo le frérot, et puis les conversations s’en vont voir ailleurs si on n’y est pas. Ça parle de décoration intérieure, de musiques, de textes plus ou moins bien écrits, de chasse et de bottes, c’est un peu tout mélangé mais c’est fort sympathique.

Patrick a l’air d’un garçon doux et sensible, et plutôt en paix avec ça. Il textote prudemment mais sûrement à propos de choses qu’il a envie de faire un jour pourquoi pas, et aussi d’une occasion inespérée de dégoter des stocks conséquents de tupperwares incroyables, vers chez lui un de ces week-ends mais techniquement Sidonie ne peut pas, elle sera dans les montagnes.

La semaine d’avant, elle s’était faite une promesse. Une de ses chères amies venait de lui faire part de sa rencontre improbable, fracassante et carrément prometteuse avec un garçon pêcheur de profession, mais passons. Sidonie avait été sincèrement très heureuse pour son amie, mais elle avait aussi ressenti un pincement sourd, envieux, désagréable. Quelque part vers l’estomac, elle s’était dit « mais pourquoi ça ne m’arrive pas, à moi ». Et puis elle s’était souvenue avoir récemment tenu une théorie qui s’était conclue par un péremptoire : « c’est souvent une question d’autorisation que l’on se fait, ou pas, à soi-même ». Et oui, ma bonne dame… Alors, la semaine d’avant, mettant tout bout à bout, Sidonie s’était ordonnée de s’autoriser : « autorise-toi ».

A 22h43 le Mardi 1er septembre 2020 Sidonie fait donc subitement partir un sms tourbillonnant. Le comité de censure laisse passer qu’elle a, dans le texte, « envie de revoir Patrick, pour faire sa plus ample connaissance ». Le tourbillon reprend les choses que Patrick aurait envie de faire un jour pourquoi pas, en précisant que Sidonie est parfaitement capable de faire tout ça. Après avoir partiellement repris son souffle et entre deux vertiges heureusement sans conséquence, Patrick répond en disant son bonheur de cette rencontre, en écrivant plein de belles choses à propos de cette relation naissante et il saupoudre le tout d’une poignée de très gentilles choses à l’endroit de Sidonie. Lui c’est plutôt à l’envers qu’il a la tête, il est tourneboulé et il le fait savoir très clairement, sans toutefois préciser la nature du chamboulement. Ça a l’air tout à la fois puissant, doux, perturbant et serein, je ne vous dis pas le bordel. Sidonie commence à flipper et à se dire qu’elle a peut-être un peu trop lâché les chevaux sur ce coup-là.

Ils se disent qu’ils verront bien où ça les mène, cette déjà belle histoire. Ils se disent qu’ils se sentent en confiance, et qu’il ne pourra rien arriver de douloureux, quoiqu’il arrive. Malgré ces précautions partagées, trahissant probablement certaines préoccupations communes, on peut dire que ça trottine sec dans la cervelle des deux, rapport au caractère saisissant de leur rencontre. Un peu comme quand tu balances le steak dans la poêle après avoir fait chauffer l’huile doucement et longtemps, sauf que là t’as même pas eu besoin de faire chauffer l’huile, ce qui est quand même un peu contre les lois de la thermodynamique. Malgré tout ou grâce à tout, on ne sait pas trop, ils commencent à se construire un vocabulaire poétique à eux, attrapé au gré des dérapages de clavier et des interventions inopinées des correcteurs orthographiques qui ne comprennent rien à rien. Et ça, t’auras beau dire, mais c’était beaucoup plus difficile à faire avant le numérique. Fallait boire beaucoup plus d’alcool pour arriver à des résultats équivalents, donc d’un point de vue sanitaire on pourrait conclure que… Je m’égare.

Un peu plus tard mais pas trop car il faut battre le fer tant qu’il est chaud, ils se retrouvent chez Patrick. La journée est belle, ils brassouillent de droite et de gauche, continuent leur papotage, vont voir une expo, se baladent, mangent, ça roule doucement. Mais Sidonie a un problème, voire même un assez gros problème. Elle n’avait pas vu ni vécu ça, la première fois. Sur le visage de Patrick, il y a des traits qui lui rappellent quelqu’un dont elle ne tient pas forcément à se rappeler. Dans les expressions de Patrick, elle voit passer certaines expressions de ce quelqu’un. Dans certaines situations, elle revit des situations qu’elle a vécu avec ce quelqu’un. Ça commence à faire beaucoup et c’est légèrement dérangeant.

Le soir, après avoir passé un peu de temps à écouter des morceaux divers et variés pour partager leurs goûts musicaux, Patrick propose à Sidonie de rester dormir car il est tard et que la route est un tantinet longue. Après deux ou trois évocations de cette option, Sidonie accepte, le canapé du salon est ouvert, elle dort bien mais elle fait un rêve affreux. Le lendemain matin, Patrick a mis de la musique en sourdine dans la cuisine alors qu’il n’aime pas vraiment ça, pour lui la musique n’est pas trop un bruit de fond, c’est son métier et c’est quelque chose à respecter. Il fait jouer Aretha Franklin, je crois, faisant délicatement écho à la conversation de la veille et aux affections de Sidonie.

Laquelle, de son côté pas franchement subtile, commence à dire « ouh là là j’ai fait un rêve affreux, je vais te raconter !… » et puis non, parfois elle sait se retenir, c’est bien. Au moment du départ, Patrick dit quelque chose à propos de ce fichu virus qui empêche les contacts, il tend le bras et pose fugacement sa main sur le bras de Sidonie, il est un peu pataud, Sidonie l’est encore plus et elle se défile, se débine devant l’obstacle en marmonnant piteusement quelque chose à propos de cette période bizarre qui va bien finir par finir, c’est la misère intégrale dans sa tête.

Dans la voiture, le rêve revient. Patrick et Sidonie sont en train de regarder une installation publicitaire placée dans la rue devant chez Sidonie. Ils touchent le panneau et ce faisant, font dégringoler des tas de feuilles par terre. Le panneau est démantibulé et s’écroule partiellement sur la chaussée. Sidonie est embêtée, elle craint des reproches, des représailles, bref, des ennuis, même si elle ne sait pas trop avec qui. Le lendemain matin, quand elle regarde dans la rue avec appréhension, elle voit trois petits monticules de terre à côté des restes du panneau. Chacun de ces monticules étant surmonté d’une tête humaine coupée, c’est une vision moyennement enthousiasmante. Plus tard, la rue a été nettoyée, tout a disparu, le sol a été refait à neuf. Sidonie sort de chez elle, il lui est impossible de marcher sur cette zone, elle en fait le tour, elle sent qu’elle ne pourra jamais remettre les pieds à cet endroit.

« Putain de merde », s’exclame Sidonie en rétrogradant en quatrième, « mais c’est quoi, ce dawa ??!!! »

Parce que voilà. Ce quelqu’un qui subrepticement revient, ça a été une longue histoire à répétition, qui a fini par mal se finir. Par trois fois, elle l’a quitté. La première fois plutôt tristement, la deuxième fois plutôt abruptement, la troisième fois plutôt violemment. Ce quelqu’un avait très mal pris la troisième fois, et il avait bien raison. Sidonie n’avait pas été fière d’elle du tout, mais elle n’avait pas su faire autrement et là, c’était shakespearien : « what’s done is done (…) and what’s done can’t be undone ». Elle avait encaissé sans broncher ce qui s’en était suivi de jugement assez peu glorifiant sur sa personne. Elle avait accepté, sur la demande de ce quelqu’un, que la conversation et la relation s’arrêtent sur cette triste et amère tonalité, c’était une espèce de prix à payer pour son incapacité. Elle se voyait telle Uma Thurman dans Kill Bill, en bien moins jolie, mais avec le sabre bien en main, tranchant la tête de ce quelqu’un. Elle avait un peu mis de côté tout ceci, la vie avait repris.

Dans la voiture, Sidonie n’en revient pas. Elle est saisie d’un léger effroi et ne sait pas comment réagir face à cette mauvaise blague. Elle appelle une de ses amies chéries, lui raconte l’histoire. L’amie est émerveillée : « c’est une rencontre quantique », décrète-t-elle. Sidonie n’a jamais bien su ce que ça voulait dire, ce terme « quantique » utilisé çà et là, mais elle comprend et partage ce que l’amie chérie veut dire. Oui, ça ressemble fort à une rencontre tombée du ciel pour lui permettre de régler quelque chose, comme un malicieux coup de baguette magique.

Petit aparté bêcheustique : je viens de chercher la signification de quantique, et j’ai renoncé à intégrer quelque éclairage que ce soit dans cette chronique après avoir lu, dans Wikipédia, que : « l’expérience de la gomme quantique à choix retardé constitue une extension de celle d’Alain Aspect et des fentes d’Young, mais y introduit ce qui semble être une rétroaction implicite dans le temps : un effet du présent sur le passé ». Fort bien. Ça semble quand même confirmer mon impression, à savoir que quand tu captes que dalle à ce qui se passe, que ça te semble juste dingue, improbable et magnifique, alors tu peux utiliser le terme quantique, ça ne mange pas de pain et ça passera crème, personne ne t’en voudra.

Sidonie décide de laisser reposer.

Patrick aussi a besoin de repos. Ça lui a fait du bien de passer ces moments tranquilles avec Sidonie, dans le concret. Il est un peu redescendu en terme de rythme cardiaque et de charge émotionnelle, et c’est pas plus mal car on n’a plus vingt ans, il faut le savoir. Il redit que le fameux message a provoqué une espèce de vortex imprévisible et fou qu’il prendra le temps d’expliquer, de voix à oreille, quand ce sera le moment. Sidonie se pose des questions, elle a peur d’avoir provoqué quelque chose qu’elle ne se sent pas en mesure de suivre, puisqu’elle a bien compris qu’elle ne veut pas remettre les pieds à cet endroit. Elle décide de continuer à laisser aller, tout en gardant précieusement dans un coin de sa tête les morceaux du puzzle en sa possession. Elle attend également le moment venu pour je ne sais quoi, tout au fond elle a confiance, c’est pas si fréquent.

Elle part en grand WE dans les montagnes. Tout au long du très long trajet en train, une petite voix se manifeste de temps à autre :

  • « Il va bien falloir que tu lui dises quelque chose, tu ne vas pas pouvoir t’en sortir comme ça, l’air de rien ni vu ni connu je t’embrouille, ma fille. »
  • « Oui oui, oui, je t’ai déjà dit que j’allais le faire. Est-ce que je peux juste profiter de mon week-end tranquillement ? »
  • « Ok, mais… »
  • « Oh, eh, oh !!!»

Pendant le week-end, Patrick fait une demande curieuse, à propos d’une photo de Sidonie qu’il adore et qu’il souhaiterait mettre dans sa cage d’escalier, si elle en est d’accord (Sidonie, pas la cage d’escalier ; faites un effort, s’il vous plaît). Il l’autorise à ne pas autoriser cela, sans justification aucune, ce qu’elle fait car cette histoire de photo ne la rassure pas des masses. Elle marche sur des œufs, ne comprend toujours pas bien de quoi il retourne. Le signal est brouillé par la contradiction apparente entre les phrases qui disent que nous prendrons notre temps et que nous verrons bien où nous allons et ces autres phrases gorgées de sentiments, exprimés joliment et sans détour… Au milieu de tout ça Patrick glisse qu’il travaille le charengo, qui est, je cite à nouveau Wikipédia pour que vous ressortiez enrichis de votre lecture, « un instrument de musique à cordes pincées des peuples autochtones des Andes, inspiré des diverses formes de guitares anciennes apportées par les colons espagnols au XVIe siècle ». Il demande par ailleurs si Sidonie saurait chanter des trucs en anglais, vu qu’elle se débrouille bien en anglais. Elle répond que probablement, peut-être bien, et ça ne va pas plus loin.

Lundi 14 septembre 2020, 9h37. Patrick envoie un long message à Sidonie, alors qu’elle erre dans les rues de Grenoble à la recherche d’un café pour passer le temps avant de prendre le train du retour. Un long message qui dit que… Patrick a quelque chose de très important à dire à Sidonie.

(…)

« Y’a pas de souci à se faire, tout va bien mais c’est difficile à écrire, j’ai peur de te faire peur, ton message tourbillonnant est venu casser la binette à une casserole que je traîne depuis quelques années, il ne l’a pas loupée, c’est super bon, je t’appellerai, je t’en parlerai, je me sentirai plus léger, je me sentirai plus libre. »

« C’est quand même pas Dieu possible de me laisser avec un suspens pareil, ça frôle le sadisme », pense Sidonie. Elle est assise en terrasse, elle boit une infusion bio complexe, elle a encore trois heures avant le départ du train. Sur son petit clavier, elle s’y met. Elle ouvre sa boîte de pandore à elle, parce qu’elle sent que c’est maintenant ou jamais. Elle dit sa culpabilité et son inquiétude d’avoir envoyé ce message tourbillon, même si elle l’a fait en toute spontanéité et en toute honnêteté. Elle raconte sans aller dans les détails, elle va chercher les mots qu’il faut pour décrire ce qu’elle a vécu, ces impressions de déjà-vu, le rêve affreux venu enfoncer le clou, la sorte de douche froide que tout ça lui a fait, la conclusion qu’elle en a tiré : privilégier, parmi leurs possibilités, les pistes amicales et franginesques plutôt que la voie amoureuse. Elle relit le message, encore et encore et encore et encore, elle reprend la formulation, adoucit là, précise ici, ajoute ceci, retire cela. Plus que tout, elle veut que ce soit juste et doux. Elle ne s’en sort pas si mal.

Lundi 14 septembre 12h25, ça part. Elle va prendre son train, elle se sent globalement sereine.

Patrick est vraiment gentil, adorable, attentionné. Il répond au quart de tour, évitant à Sidonie de rester dans le vide trop longtemps. Il est content d’avoir réussi à dire qu’il avait un truc à dire, d’autant plus que ça a permis à Sidonie de dire un truc qu’elle avait à dire. D’aucuns, lassés par cette lecture, pourraient dire qu’il n’y a pas non plus de quoi fouetter un chat, que ça avance pas bien vite ce business, surtout que bon, on nous la fait pas quand même, hein, on voit bien comment ça va se finir, tout ça, au lit. Je me permets de dire, en tant que bêcheuse dépositaire de cette histoire, que ce serait probablement aller trop vite en conclusion et en besogne. Je rappelle également qu’il ne s’est passé que 15 petits jours entre là où nous en sommes du récit et la première rencontre et que par ailleurs, Patrick et Sidonie ont tous les deux un métier assez prenant, des repas à préparer et l’aspirateur à passer.

Dimanche 20 septembre, 12h38. Le grand oral de Patrick approche, il a dit qu’il appellerait en fin d’après-midi. Pour l’encourager, Sidonie lui envoie un lien vers la reprise de Louie Louie, par le groupe Motörhead. « Que la force soit avec toi pour cette fin d’après-midi », qu’elle lui écrit. « Si tu arrives à écouter ce chef d’œuvre de la finesse, tu en ressortiras invincible ».

Ça fonctionne, à partir de 18h13.

2 heures, 17 minutes et 28 secondes plus tard, ils auront quasiment fait le tour de la question, ils auront pas mal déblayé le tarmac des encombrants qui s’y trouvaient, ils seront en capacité de préparer tranquillement le décollage vers un ailleurs plus paisible, plus clair. Voilà comment ça s’est passé.

Après une petite mise en jambes proposée par Sidonie, car histoire d’alléger l’atmosphère on a causé joyeusement de Motörhead, c’est Patrick qui a commencé à raconter. Il avait une grande et magnifique amie, une sorte de frangine, et même une frangine en mieux. Ils passaient pas mal de temps ensemble, ils pouvaient tout se dire et ils le faisaient, ils pouvaient tout faire ensemble, ou presque, et ils le faisaient. Cet amour-là c’était un socle de la vie, un repère, une balise dans la nuit sur l’océan, ou un cairn en montagne le jour, comme tu préfères. Mais on ne décide pas de tout, et il y a cinq ans de cela, la frangine s’en était allée voir ailleurs ce qu’il pouvait bien y avoir, après avoir courageusement combattu, comme on dit. Il avait trouvé que ça faisait bien vide autour de lui, mais il avait continué, qu’est-ce que tu veux faire d’autre, la vie continuait, sa compagne, leur fils, ses copains, ses copines, sa famille, la musique, le changement climatique, tout continuait. Ça a fait 5 ans de gris, pour lui, 5 ans de moins d’envies. La tête restant hors de l’eau, mais c’était quand même pas bien beau. Un moment donné, son corps a même dit que ça suffisait, tout ce gris, et il s’est mis à fabriquer des malaises bizarres et assez flippants, pas très encourageants.

L’estocade finale arrive peu de temps avant le confinement, c’est la compagne qui s’en va voir ailleurs, sauf que c’est toujours ici et qu’elle sait déjà qu’elle y a trouvé quelqu’un d’autre. Ça commence à faire beaucoup, beaucoup, beaucoup… et en plus on est enfermés, et par là-dessus il faut apprendre à donner des cours de clarinette à travers un ordinateur, tout ça n’a aucun sens, c’est dur, cette période de merde ne s’arrêtera donc jamais.

Une semaine avant l’invitation de frérot Manolo à faire un petit voyage dans la grande ville en compagnie d’une certaine Sidonie, Patrick avait dit oui à une autre amie. Celle-là lui avait proposé une séance de réflexologie. Elle l’avait fort bien papouillé et une ouverture avait commencé à se manifester. Ça a continué à mieux aller, Patrick aimait beaucoup les espaces d’échanges avec Sidonie, il voulait les faire grandir et les protéger. Il était retourné se faire fort bien papouiller.

Et puis un matin, le message tourbillon est arrivé. Il a tout emporté. Les digues ont lâché, laissant jaillir l’énergie et les envies de Patrick si longtemps enfermées. C’était tellement puissant qu’à un moment le corps de Patrick, dans un pied de nez comme seuls les corps savent le faire pour essayer de nous dérouter, lui a renvoyé un petit paquet des malaises bizarres et assez flippants. Patrick a tenu bon, mais ça a tangué fort fort fort, comme il dirait. C’était compliqué de se concentrer. Plus que tout, il avait envie d’en parler à Sidonie mais tout était en désordre dans sa tête, en bazar dans ses émotions, en boxon dans ses sensations, purée que c’était bon.

Sidonie est allongée dans son canapé. Elle a écouté attentivement, elle est… sidérée. Elle appréhende un peu, mais elle se met à raconter son histoire à elle dans les détails. Patrick écoute attentivement. Ils sont émerveillés. Ils ne trouvent pas trop les mots, mais partagent le fait que même s’ils ne savent toujours pas bien ce que veut dire le terme quantique, ce qui est formidable c’est qu’ils aient réussi à se saisir tous les deux en parallèle de ce que cette rencontre leur proposait. C’est alors que Sidonie dit à Patrick qu’elle est d’ores et déjà en mesure de lui dire qu’elle l’aime, là maintenant, profondément, pour tout ce qui vient de se passer. Patrick répond de sa belle voix grave et c’est très agréable à entendre pour Sidonie.

C’est peu de dire que sa mémère ne dort pas bien la nuit qui suit. Ça brasse dans son cerveau et dans son lit, elle y fait environ un demi-tour toutes les 10 minutes, et c’est uniquement parce qu’elle ne maîtrise pas complètement les saltos arrière. Dans la journée, alors qu’elle continue à flotter gaiement, elle repense à ce je t’aime par elle si facilement énoncé. Elle ressent à nouveau la confiance et la justesse du moment, elle le compare à d’autres fois, les peu de fois où elle s’était autorisé à prononcer ces mots. Ça avait toujours été compliqué, elle avait toujours eu peur de se tromper, elle pensait qu’il fallait être vraiment sûre, et qu’est ce qui se passerait si ça s’arrêtait. Les commissions de normalisation française, européenne, internationale, n’avaient pas encore trouvé le moyen de se mettre au boulot et de sortir un fichu référentiel qui aurait pu permettre de savoir où on en était et ce qu’on pouvait dire, ou pas. Evidemment elle n’avait jamais su être sûre, et bien sûr, ça venait et ça repartait. Vous comprenez bien, désormais : à chaque fois, elle avait eu la désagréable impression de s’élancer du bord d’une falaise, pauvre Sidonie…

Alors que là…

Soudain, dans les pensées de Sidonie, la synthèse claire et nette : « bordel de bordel…, en fait, c’était un coup de billard à deux bandes, ce truc !!!». Elle ne repassera pas dans cette zone, qui est celle de la brutalité pour tout le monde, elle-même y compris, voire en premier. Elle ne cherchera plus à être sûre, à la place elle fera confiance à sa sensibilité, qu’elle a grande et dont elle a récemment commencé à ne plus avoir peur. Elle va pouvoir dire des tas de je t’aime différents à des tas de gens différents. Elle peut laisser le sabre au vestiaire, elle gère.

De son côté, Patrick essaie aussi d’atterrir, ça se fait plus ou moins rapidement, mais ça se fait. Il revient sur son idée de chant en anglais. Sidonie lui parle de son envie et de sa peur de chanter, parce qu’il s’agit probablement de se mettre à poil, enfin si on veut chanter vraiment. Elle ajoute que pour ça il faut un gentil garçon derrière l’instrument et écrit qu’elle pense l’avoir trouvé. Elle envoie une version accordéonnisée et violonnisée de « the river », car elle se dit que cette chanson en mode voix plus clarinette, ça pourrait devenir une tuerie. Enfin une autre tuerie, plus petite, parce que Bruce a pas attendu Patrick et Sidonie pour boutiquer son truc, ça on le sait.

Sidonie, un jour, avait dit à ses copines qu’elle se donnait jusqu’à ses 60 ans pour devenir chanteuse. Patrick, il se dit depuis un moment que voix plus clarinette, y’a du potentiel, et qu’il irait bien voir de ce côté-là. Exactement comme c’est fait dans la reprise de la chanson « le tourbillon », ça ne s’invente pas, par Hélèna Noguerra.

Ils s’échangent des morceaux à mettre dans leur répertoire, ils ont décidé qu’ils allaient répéter et que ce cantique des quantiques, ils allaient le jouer.

Cherchez pas plus loin, vous voyez bien que cette histoire est en fait d’une logique implacable, et il fallait bien tous ces mots pour s’en persuader.

Comme d’habitude dans les chroniques de la bêcheuse, tout est vrai.

Histoire publiée avec l’aimable et entière autorisation de Patrick et Sidonie, qui adressent leurs plus sincères remerciements à frérot Manolo.

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frottis

Vous voilà possiblement bouche bée et les yeux écarquillés, chères lectrices et chers lecteurs, en train de penser quelque chose du genre « non mais non…, elle ne va quand même pas nous faire subir le récit de sa dernière visite chez le gynéco ?!!! Trop c’est trop !!! »

Mais enfin, pour qui vous me prenez…

Bien sûr que oui, je vais vous raconter ma dernière visite chez le gynéco.

Mais avant, un petit avertissement. Arrêtez-vous un instant, devant votre écran, et ressentez, saisissez. Que se passe-t-il dans votre tête, quelles sont vos pensées les plus secrètes ? Un léger dégoût ? Une petite dose de voyeurisme ? Une petite dose de voyeurisme recouverte d’une brumette de honte ? Une appréhension ? Un refus d’obstacle, une interdiction ? Un certain effarement ? Ou comme un accablement ?

Allez…, n’ayez crainte et suivez-moi, installez-vous, mettez-vous à l’aise les pieds bien calés dans les étriers, ça va bien se passer.

Le GPS a dit 12 minutes alors je pars 20 minutes avant l’heure du rendez-vous, parce que je ne suis jamais allée là-bas. J’ai pris la voiture pour la même raison, et aussi parce que par principe tu n’arrives pas chez le gynéco tout en sueur, ce qui élimine le vélo. Je me sens fébrile, d’ailleurs je suis fébrile : le téléphone qui fait gps sur mes genoux n’arrête pas de glisser au moindre rond-point, je refuse presque le passage à une ambulance vue au dernier moment, je pile, le téléphone glisse sur le tapis de sol, je jure, et ainsi de suite.

Je suis fébrile parce que c’est la première fois que je vais là-bas ; ma gynéco, une petite dame très charmante et compétente, est partie à la retraite sans laisser d’adresse, alors j’ai cherché sur le bon coin des médecins, le doctolib. Il y avait des rendez-vous dans un an, des rendez-vous dans 6 mois, et des rendez-vous là-bas dans un mois, alors là je prends.

Ah. C’est un homme… Ah… Je n’ai jamais été suivie par un gynéco-homme. Sauf pour les accouchements, mais là je peux vous dire qu’on n’en a pas mal rien à foutre de qui s’occupe du bazar, du moment que ça se passe bien.

Bon, mais de toutes façons quand faut y aller faut y aller, et faut pas trop traîner car il y a un peu de maintenance à faire, enfin surtout des vérifications, histoire de s’assurer que les petits signaux récemment repérés ne sont pas annonciateurs de la présence d’une mauvaise blague dans la machine. Donc je suis fébrile, vous comprenez pourquoi, et tout ça a pour conséquence qu’à l’heure du rendez-vous plus dix minutes, ce diable de GPS me dit tournez à gauche mais à gauche c’est un chemin de terre abruti, je suis complètement paumée dans la pampa.

Je téléphone pour prévenir de mon retard, la secrétaire me dit de passer quand même, le docteur pourra peut-être vous prendre à midi quinze. Soit, qu’il me prenne à midi quinze, je suis pas bégueule, l’horaire m’importe peu. Je passe de google maps à waze, et surtout je mets plus de soin à saisir l’adresse du médecin, car je n’exclue pas d’avoir merdé depuis le début.

Il a vraiment une tête de gentil médecin, enfin ce que j’en vois : yeux bleu-vert, légèrement rouquin, un peu dégarni sur le dessus, des mains très soignées, le port du masque élégant. Je lui présente mes excuses pour mon retard, il n’a pas l’air d’être au courant, je lui demande s’il a été prévenu, parce que la secrétaire m’a dit qu’elle allait le prévenir, il tapote sur son ordinateur et il lit : « ah oui, en effet : madame Gobbey est perdue. » Un temps d’arrêt puis, légèrement amusé : « c’est Sarah qui a écrit ça ». Tout ça a un côté un peu absurde, on rigole gentiment.

Que puis-je faire pour vous qu’il me demande ? Je lui fais donc part de mes observations, il me pose quelques questions, on papote tranquillement à propos de seins, de règles, de ménopause, de contraception, d’échographie et de frottis, donc, enfin le badinage habituel dans ce genre de circonstances.

Nous passons à l’examen, et là je me rends compte que j’ai oublié de vous faire part d’une autre raison à ma fébrilité pré-visite. Je n’ai en effet pas pu m’empêcher de m’imaginer vêtue d’un seul masque sur le siège d’examen… J’avoue que cette perspective m’attirait moyennement, et j’hésitais entre rire et me sentir mortifiée par anticipation. C’était sans imaginer ce qui allait suivre.

Jamais, je dis bien jamais, je n’ai bénéficié d’une consultation aussi… respectueuse et délicate. Imaginez les filles. Pas la peine de se déshabiller entièrement, on fait ça morceau par morceau, d’abord le haut, puis le bas. Quand il s’occupe du haut tu gardes le bas, et vice-versa. Entre les deux, il s’éclipse derrière le paravent pour que tu puisses remettre le haut et enlever le bas, et même tu peux garder ta jupe. Ça pourra peut-être vous sembler anodin, je pense aux garçons s’il y en a encore pour lire ces lignes, mais je vous jure que non. A chaque intervention, une précaution, une demande d’autorisation à faire ceci ou cela, jamais vu ça.

De derrière le paravent, le voilà qui me demande si y’aurait pas des petits soucis de fuites urinaires, contrôle de routine. Bon, ceux qui sont choqués, arrêtez de faire vos prudes, hein. Notre corps est plein de fluides, ça entre et ça sort, parfois comme ça peut et avec l’âge ça s’arrange pas, c’est comme ça, on va pas en faire tout un plat. Et puis le périnée, c’est l’affaire de tout le monde, même des garçons, saviez-vous que vous en avez un aussi ? Sans compter que vous passez également, enfin certains, à travers un truc qui s’appelle l’andropause, mais on en parle encore moins que la ménopause, chut, silence, ouh là là ça ne se fait pas d’aborder des sujets comme ça.

Je réponds à l’interrogation urinaire : « Vous allez me dire que c’est pas raisonnable parce que je n’ai plus vingt ans, mais quand je vais voir un concert et que tout le monde se met à sauter sur place, jump, jump, jump, c’est limite limite mon affaire, je dois bien le reconnaître. » Le paravent nous séparant, je ne vois pas la réaction du médecin, il ne répond rien.

L’examen est terminé, nous revoilà face à face, de part et d’autre de son bureau. Il m’explique quelles sont les possibilités, dont prévention-rééducation du périnée en allant voir un kiné, vous n’avez pas l’air d’être en déficit hormonal donc ça on va laisser de côté, ah bon parce que c’est quoi le lien entre le périnée et les hormones et là j’apprends que le relâchement des tissus peut être causé certes par la vieillerie de la mécanique, mais aussi par un défaut de vascularisation, laquelle est assurée par les hormones, si c’est pas bien d’avoir un médecin qui explique les choses clairement et simplement.

Il comprend que je ne garde pas un souvenir merveilleux de la rééducation post-natale du périnée, et là il me dit tout de go qu’il y a un nouveau truc qui s’appelle pelvitonic. Regardez, qu’il ajoute en tournant son écran d’ordinateur et en lançant une vidéo de pub pour l’engin.

C’est magnifique, on voit plein de femmes, des jeunes, des vieilles, des gaies, des tristes, l’image est hyper lisse, propre, hygiéniste, nous voilà tous les deux à mater le youtube du pelvitonic, et à commenter gaiement.

Moi : « ah ben oui, y’a des jeunes, y’a des vieilles, y’a des gaies, y’a des tristes ».

Lui : « c’est vrai ils sont forts quand même, y’en a pour tous les goûts ».

La vidéo : « toutes ces femmes ont un point commun : les fuites urinaires ».

On n’a toujours pas vu l’engin.

Lui, éclate soudainement de rire derrière son masque: « ah je dois dire, quand même, celle-là je l’avais encore jamais faite ! »

Moi, hilare : « je pense que je suis la cliente idéale pour ce genre d’exercice, vous ne vous êtes pas trompé ».

Voilà l’engin qui apparaît sur l’écran, enfin.

[Vous irez voir si vous êtes curieux.]

Moi : « ah mais en fait c’est la version médicalisée de la boule de geisha ».

[Vous irez voir si vous êtes curieux.]

Lui , toujours joyeux : « oui voilà, c’est ça, absolument, ils en vendent à côté !».

[A la pharmacie, je suppose.]

La vidéo est terminée, avez-vous d’autres questions, d’autres sujets à aborder, non, non, c’est parfait. Me recommande une kiné, au cas où. Me fait payer. Se lève. Me redemande si nous avons tout bien abordé, oui oui c’est parfait.

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise… Je sors de là en souriant, tellement contente de ce hasard qui m’a fait trouver le gynéco compétent, humain, rassurant, et capable d’un tel moment de franche rigolade. Je me dis qu’il est possible que mon histoire de jump dans les concerts lui ait donné la permission de se lâcher, et si c’est ça alors tant mieux.

Quand je vous dis qu’on peut parler de tout. Suffit d’y mettre les formes.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire quelle option je vais choisir. Y’a des limites à tout.

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çA Alors…

Je rentre du boulot assez tardivement, légèrement préoccupée par des ceci et des cela. La porte s’ouvre à mon approche, mon fils était juste derrière. Il a 19 ans, et nous partageons une certaine capacité à détecter très vite lorsque quelque chose ne va pas chez l’autre. On ne sait pas dire quoi, mais on ressent. C’est pénible d’ailleurs, je ne peux que très difficilement lui cacher certaines émotions ou pensées réprobatrices que je ne juge pas utile de partager. C’est pénible aussi, car pour ma part je n’ai pas toujours les capacités de distanciation qui pourraient me permettre une gestion confortable des signaux interceptés par mes antennes. Surtout quand ça concerne les fistons.

Donc voilà : nous sommes, lui appuyé contre la commode de l’entrée, moi sur le pas de la porte avec mon vélo, mon casque, mon masque, mes lunettes et la buée résultant de tout ce qui précède. Il y a quelque chose qui ne va pas pour mon garçon et je sens que c’est plutôt du lourd. Alors direct : « qu’est ce qui t’arrive ? »

S’en suit le récit énervé de sa fin de journée. En descendant du tramway, un type, sortant lui aussi du tramway, arrache le téléphone des mains de MON fils, OH EH OH, et part en courant. Ce dernier, apparemment mû par une volonté farouche de récupérer l’engin, se met à le courser, le rattrape et l’attrape. Fin de la course, le gars regarde mon fils droit dans les yeux et en rigolant, il projette le téléphone le plus fort et le plus loin possible. Et là, v’là t-y pas que le fiston voit rouge, il fait tomber le mec par terre, lui assène deux coups de poing, puis court récupérer son téléphone, puis court pour rentrer à la maison.

Il est super énervé, il essaie depuis son retour de réparer le téléphone car figurez-vous qu’il avait justement commandé un écran de rechange, et figurez-vous que dans une synchronicité parfaite le truc était arrivé par la poste le jour-même. Mais ces bâtards lui ont envoyé un kit pourri et y’a pas les bons tournevis et je trouve pas ceux que j’avais déjà, ça me fait chier, j’ai vraiment le seum et ainsi de suite.

« Timon, je comprends que tu sois très énervé mais je pense qu’il faut que tu retrouves ton calme avant d’essayer de réparer le téléphone. »

« Ouais », lugubre.

« Tu peux me laisser entrer dans la maison, s’il te plaît ? »

On s’assied dans le canapé et on débriefe. C’est très intéressant. Je demande des détails sur les coups, parce que j’avoue que je n’imaginais pas ça de la part de Timon. Celles et ceux qui le connaissent n’auront pas de mal à partager ma surprise, je sais qu’en tant que mère je ne suis pas objective, mais mes garçons ne sont pas des violents, ils sont respectueux et gentils, tous les deux. Bon bien sûr ils ont fait ou font encore leurs conneries de jeunes, hein, mais ce ne sont pas des brutes écervelées.

Donc on cause. Timon me fait part du tourbillon de sentiments dans lequel cette aventure l’a embarqué : énervement, ça on a déjà dit, étonnement et culpabilité d’avoir frappé le gars, fierté et joie d’avoir frappé le gars, peur de se faire rattraper après ce coup d’éclat, frustration de se retrouver, une fois de plus, sans téléphone. Il me dit qu’il n’a pas réfléchi et que ce qui l’a fait disjoncter, c’est le sourire narquois et la défiance du gars, lorsqu’il a lancé le téléphone. Il est vraiment tourneboulé d’avoir frappé. Je lui dis que loin d’encourager ce genre de réactions, il me semble que le type n’a eu que ce qu’il méritait. J’ajoute que ce qui compte est de ne pas se laisser systématiquement emporter par ce genre d’impulsion, et que s’il éprouve toutes ces émotions contradictoires c’est parce qu’il a des valeurs qui forment un socle solide et ça c’est rassurant.

Sinon, me dit-il, la rentrée s’est bien passée ; fort bien pensai-je.

Après une petite séance de spéléologie dans l’atelier, je retrouve les tournevis, y’a les bons cette fois-ci, Timon s’attelle à la réparation du téléphone. Ce matin, je comprends qu’il n’a pas réussi, malgré les tutos, malgré son habileté à bricoler ce genre de trucs.

« Mes potes de lycée ne vont pas arrêter de me parler de cette histoire aujourd’hui. »

« Ben au moins, maintenant, ils savent qu’il ne faut pas trop t’emmerder. »

Sourire.

« Faut dire… t’es tellement balaise ! »

Eclats de rire partagés, car s’il y a une chose que Timon pourrait nous reprocher, à son père et à moi, c’est de l’avoir conçu selon un modèle extrêmement filiforme, a priori pas le genre à faire trembler de peur les gens rien qu’en entrant dans une pièce…

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douce chAsse

Mais… quelle idée, de chasser les papillons, pour ensuite les immobiliser dans une vitrine à l’aide d’une épingle. A des fins de connaissance, passe encore, mais sinon, je ne vois pas. Se repaître à volonté des dessins colorés qui ornent leurs ailes fragiles ? Alors, dessinez !

Il est assez beau, beige et marron. Je n’ai pas pris le temps de l’observer pleinement alors je ne pourrai pas en décrire plus. Il est coincé à l’intérieur de ma maison, littéralement scotché sur la vitre de la fenêtre du salon, que j’ouvre pour faire sentir à l’animal l’air de la liberté. Rien n’y fait : il s’envole timidement et revient inexorablement sur la froide surface.

Quel con pensais-je, dans une légère montée de cette délicate bienveillance dont j’ai le secret. J’essaie de le pousser dehors avec ma main, il est tellement léger que je ne le sens pas sur ma peau et… toujours pas.

Les tentatives d’évasion sont certes plus prononcées, mais assez désordonnées et complètement inefficaces. Je prends un masque anti-covid en attente de lavage – il ne faudrait pas les laisser traîner comme ça, d’ailleurs – et j’intensifie mon intention libératrice.

Le papillon trouve la sortie, il zigzague dans l’encadrement de la fenêtre, ne va pas bien loin, pas bien vite. C’est idiot, je m’attendais à un vol énergique, puissant, témoignant de l’ivresse de la liberté retrouvée… mais c’est un papillon et par conséquent, il papillonne.

Il se rapproche erratiquement du chèvrefeuille et soudain croise le chemin d’un de ses congénères. Ils entament une danse joyeuse et folle de salutations, frôlements, éloignements, croisements, puis sortent de mon champ de vision.

Je souris soudainement large, très très large. J’ai rendu possible les retrouvailles de deux êtres probablement désespérés, ben oui, par leur séparation. J’essaie de mémoriser les sensations physiques de cet instant anodin, cet instant plein de rien. En ce samedi matin où je me demandais ce que j’allais faire de ma journée, pendant un court moment je me suis laissée porter par ce qui était sous mes yeux, j’y suis entrée, je n’y ai pas fait grand chose, j’ai récolté beaucoup.

Tout ça n’a pas duré bien longtemps, pourtant la joie ressentie était forte. La théoricienne qui sommeille en moi s’engouffre dans cette trop belle occaze de la ramener, et me dit : « vois-tu, petite padawane bêcheuse, les bénéfices de toute chose entreprise sont probablement proportionnels à l’attention qu’on y a porté, indépendamment de la taille et de la durée de la dite chose ».

C’est cool, non ?

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combAt

Il est fatigué, usé, avachi, et d’une couleur qui n’en est plus une. Beige ? Sable du désert ? Maronnasse ? Je ne sais pas. Il s’avance vers moi d’une démarche beaucoup plus ferme que son aspect. A l’intérieur, une petite dame d’un certain âge : le cheveu terne et en bataille, mais l’œil vif derrière les lunettes. La parole décidée, mais souffrant d’un manque de dents significatif à la mâchoire inférieure. Il en manque au moins trois, à vue de nez et vite fait, parce que je ne vais tout de même pas me mettre à faire des consultations dentaires au bord du jardin de rue, sous prétexte de recherche de véracité journalistique. Elle me parle. Ou plutôt, de sa bouche sort un flot de mots, lesquels, déplorant la défaillance de la structure dentaire, se transforment illico en une marmelade difficile à appréhender. De la confiture balancée au rythme de la mitraille, je ne comprends pas grand-chose.

Ça n’arrête pas la petite dame, qui se met à me parler jardin. Je décide assez vite de ne pas lui faire répéter à chaque fois que je ne comprends pas, ce serait fastidieux et peut-être déplaisant pour elle, à la longue. Je me laisse porter par le son et de temps à autre, quand j’attrape un ou deux mots qui m’interpellent, je pose une question pour obtenir une redite, dans l’espoir de pouvoir compléter la phrase. Ça ne marche pas trop mal.

Donc elle avait un jardin, dans la maison qu’elle partageait avec son père et elle adorait passer du temps avec lui dans le jardin. Mais le père est mort et ses frères ont vendu la maison. Ils n’ont probablement pas dû lui donner une grosse part de la vente, ou alors la maison ne valait pas tripette, car la petite dame habite maintenant en HLM, et j’ai déjà décrit l’état de son manteau et de ses dents.

Elle ne se sent pas en sécurité dans ce quartier. D’ailleurs, pas plus tard qu’il y a deux jours, elle se baladait avec une copine quand quelqu’un a surgi de nulle part et lui a arraché la chaîne en or qu’elle avait autour du coup. Elle a eu très peur, elle est tombée, son taux de diabète a fait un bon en avant, elle souffre maintenant de crises de spasmophilie.

Parfois, les mots sortent moins fortement, ça fait comme des vagues : fort, plus bas, plus fort, à nouveau plus bas. Quand c’est plus bas, j’entends « arabes », « roms ». Ça la gêne, donc, de dire que c’est un rom qui lui a arraché la chaîne, mais elle le dit. Ça me gêne d’entendre ça, mais qu’est-ce que je peux lui dire… Théorie, pratique, idéaux, réalité, tout ça se catapulte bien souvent et pas forcément de manière confortable. Et puis, ce n’est pas moi qui me suis faite agresser, alors je compatis.

Décidément, le jardin lui manque, alors elle sort souvent de son HLM pour faire un tour, s’assoir sur un banc sous un arbre, papoter avec une copine. Je comprends que parfois, à 2 heures du mat’, elle y est encore, et qu’elle aimerait bien pouvoir y être en paix.

Ça m’attriste un peu, c’est vrai quoi, on aimerait vivre dans un monde où les mamies, aussi intrépides qu’édentées, pourraient baguenauder à la fraîche sans se faire braquer. Mais bon, il n’a pas réussi à lui voler ses boucles d’oreilles, des créoles en or ajouré assez grosses, qu’elle porte fièrement. Sa seule coquetterie, qui s’accorde moyennement avec le manteau, il faut bien le reconnaître.

J’en croise quand même souvent, de ces petites mamies, qui n’ont pas assez de sous pour pouvoir prendre soin de leurs dents ou acheter un nouveau manteau, qui résistent à la peur ou qui ont survécu à un mari violent, au travail à la chaîne, aux multiples grossesses, aux ceci-cela qui rendent la vie difficile. Et souvent, au détour d’un pétillement de leur regard ou d’une de leurs phrases particulièrement bravache, cette pensée : « bon sang, elle en a encore sous le pied, mémé… »

Et ça, ça me réjouit.

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embuscAde

C’est la troisième fois en un an : le cadenas à code du jardin de rue est recouvert de super glue. La procédure est alors des plus simples : jurer, ronchonner, puis appeler le voisin et ses pinces de bricolage à la rescousse. Ils sont très efficaces tous les trois, et en général la colle cède au bout de cinq minutes. Seulement là, c’est la troisième fois, alors le pauvre cadenas ne s’en remet pas, même s’il consent à s’ouvrir.

J’avoue avoir toujours eu une relation ambiguë avec lui : satisfaite, mais aussi légèrement chafouinée par sa présence. Il protège le jardin des récoltes sauvages récurrentes, effectuées en douce par des personnes qui ne jardinent pas, en tout cas pas ici, et qui raflent littéralement tout, sans rien laisser pour quiconque. Je pense qu’il rassure également mon esprit face à ce que je redoute parfois, au fond. Si le jardin venait à être saccagé, même si j’ai par le passé écrit ici qu’alors je recommencerais, je crois bien que j’en serais profondément attristée.

Dans le même temps, ce cadenas donne une impression de privatisation du jardin de rue qui est bien contraire avec nos intentions : embellissement du cadre de vie commun, rencontres agréables et souriantes, partage de la récolte. Alors, sur le tonneau de réserve d’eau, j’avais décidé d’installer des petites corbeilles pour y déposer une partie de notre très modeste récolte, afin que passants et passantes puissent se servir.

C’est la troisième fois en un an : il y a donc manifestement quelqu’un.e qui est très agacé.e par le cadenas, qui ne le comprend pas, qui considère qu’il ne devrait pas être là. Alors, j’écris un mot expliquant tout ceci, invitant les personnes qui le souhaitent à venir entretenir cet endroit avec nous, demandant gentiment de laisser les fleurs en place pour le plaisir de toutes celles et tous ceux qui aiment regarder si ça pousse.

Je me demande aussi qui peut agir de la sorte, je parle du poseur ou de la poseuse de colle. Si je le savais, alors peut-être pourrais-je de mon côté essayer de comprendre et d’expliquer, tranquillement. On ne va pas se mentir : dans le flot de mes pensées à ce sujet, il y en a d’autres qui sont, disons… légèrement moins constructives et positives. Du genre : « j’aimerais bien savoir quel.le est l’abruti.e qui passe son temps à nous emmerder avec sa super glue, non mais j’te jure, y’en a, quand même », et ainsi de suite. Jusqu’à se dire, avec le voisin, qu’une petite webcam bien placée pourrait tout à fait faire l’affaire.

Comme c’est la troisième fois en un an, et que « bien placée » signifie en l’occurrence sur le rebord de la fenêtre de l’atelier, je me mets à la recherche de cette vieille webcam que j’ai récupérée un jour au boulot, au moment où elle avait fini sa carrière chez nous, vu que les ordinateurs nouvelle génération se trouvaient tous équipés. Je l’installe, je la branche sur l’ordi, je télécharge un machin que l’ordi me conseille de télécharger, j’appuie sur le bouton enregistrer, et contre toute attente, dans une épatante simplicité et une étonnante fluidité, ça fonctionne.

Ah mais voilà… je vous entends d’ici, là, pousser des cris épouvantés : « comment ça bêcheuse, comment peux-tu envisager, et tester, et réussir qui plus est, le recours à des méthodes dignes de… ben pas très dignes, justement !!??? » Ouais ouais ouais. Alors je vais vous dire où j’en suis par rapport à ça, sachant que je n’ai pas franchement tranché. Parfois je pense qu’il ne faut pas utiliser des moyens qui ne sont pas en accord avec nos propres valeurs, d’autres fois je me dis qu’on est vraiment trop neuneus et gentils, à toujours chercher l’alignement et à se priver des armes qui souvent servent de bien moins nobles causes. Car enfin, je n’ai pas l’intention de balancer le colleur à la police. Ni de le serrer la nuit sous les roses trémières pour lui casser la gueule. Ni de demander au voisin de lui casser la gueule devant le pied de vigne. Bref, si vous me dites que c’est pourtant une très facile question d’éthique, et bien je dois avouer que ça me fera doucement sourire, car entre la théorie et la pratique, n’est-ce pas…

Pendant que ça s’agite un peu dans mon cerveau à propos de tout ça, je continue mes petits essais d’apprentie directrice générale d’une société sauvage et locale de vidéosurveillance, c’est quand même incroyable de voir dans quelles contrées exotiques peut vous emmener un simple bout de jardin.

Ça fonctionne à merveille, donc. Comme je suis bientôt directrice, je pense à tout, et je me dis « ah mais oui mais dis-donc, qu’est-ce qu’il va se passer quand l’ordinateur va se mettre en veille ? » Oui parce que je n’ai pas l’intention, quand même, de passer la nuit à garder l’ordinateur éveillé. Si c’était le cas, alors je n’aurais pas besoin d’un système d’enregistrement. Je pense qu’on comprend tous la logique de ce qui précède.

Lorsque l’ordinateur se met en veille – et il se met en veille rapidement car je travaille pour de vrai dans une structure qui cherche notamment à faire baisser les consommations d’énergie – et bien l’enregistrement s’arrête. Hum. Ça se corse. Je fais appel au service informatique de ma naissante société de vidéosurveillance, à savoir moi-même lorsque je n’ai vraiment plus aucun autre choix que celui de plonger avec appréhension dans les réglages de la bête. Je trouve la fenêtre des paramètres de réglage des économies d’énergie et là… stupeur et franche rigolade, les-dits paramètres ont été « bloqués par l’administrateur de votre système ».

Je ris, franchement, et je suis assez émerveillée de voir que c’est le service informatique de la boite dans laquelle je travaille qui, sous couvert d’économies d’énergie, aura mis court à ma carrière d’apprentie dictatrice. C’est vraiment pas donné à tout le monde, il faut sûrement une solide vocation, de celles qui permettent un alignement permanent et infaillible entre ses valeurs et ses actes.

Je n’ai pas besoin de webcam, en fait. Quand je traîne dans ma courette à m’occuper des plants ou que je suis dans l’atelier le nez en l’air à chercher l’inspiration, je vois plein de choses.

Les voilà. Un couple assez improbable. Lui, bruyant et dans l’action, elle, silencieuse et dans… je ne sais pas trop. Dans rien, on dirait. Son corps est ralenti, elle regarde l’homme couper des fleurs et les déposer dans une cagette. Elle semble absente, flottante. Je n’arrive pas à savoir s’ils sont mari et femme, ou mère et fils. J’entends des bribes de ce qu’il dit « c’est le jardin d’Eden », ou encore « nous sommes les maraîchers de l’interdit » [plusieurs fois].

Parfois, lorsque je me trouve confrontée à ce genre de situation, j’interpelle gentiment mais fermement les coupeurs de fleurs. Je m’emploie le plus possible à le faire correctement, mais j’ai à chaque fois un petit gout d’amertume dans la bouche, à penser que je suis en train d’incarner une espèce de milice privée, encore, décidément… Pas facile de trouver l’équilibre entre la juste demande du respect de quelque chose de beau que l’on bichonne pour le plaisir de tous, et une intervention de flicaillon.

Cette fois-ci, quelque chose dans l’attitude de l’homme m’empêche d’intervenir. Pour tout vous dire, je ne le sens pas, ou plutôt j’ai la trouille, je l’imagine très capable de réagir violemment, ne serait-ce que verbalement. Alors je reste sagement dans ma courette et j’observe, mon esprit passant de l’analyse de ce que je vois à une floppée de pensées d’agacement et de contrariété.

Il ramasse beaucoup de fleurs, qui vont certainement faner dans les deux jours. Mais il fait attention. Il ne prélève pas tout au même endroit, et il n’arrache pas brutalement. Non, il procède fleur à fleur, en les nettoyant et en jetant ce qu’il ne veut pas par terre. La cagette se remplit [nom de dieu mais il va remplir toute sa cagette, l’animal]. Il arrive devant chez les voisins, il continue son prélèvement satisfait, car il est décidément un pur « maraîcher de l’interdit » et ça le met en joie. Il arrive devant des fleurs qui sont regroupées derrière une petite barrière de joncs et il dit qu’il ne faut pas prendre là parce que c’est cultivé.

Cette marque de respect finit de me faire basculer vers l’observation bienveillante, et soudain, je sais ce qu’il faut que je fasse. J’enfile mon costume de super bêcheuse, bottes et gants de jardinage, je prends des plants, je traverse la rue et je me rends dans le jardin, sans rien dire, drapée dans une magnifique dignité potagère. Il me voit. Elle est toujours aux abonnés absents, c’est pour ça que je n’en parle pas. Il se retourne une première fois, et dit quelque chose sur un ton moyennement sympa, mais je n’entends que le ton, pas le fond. Il se retourne une deuxième fois, sans rien dire. Puis une troisième fois, toujours sans rien dire. Puis il prend l’impasse au bout du jardin et disparaît.

Je sais qu’il s’est passé quelque chose dans sa tête, mais je ne sais pas quoi. Peut-être a-t-il réalisé que des personnes du quartier s’occupaient de cet endroit, peut-être s’est-il dit que bon, c’est pas terrible d’avoir pris autant de fleurs. Peut-être que c’est tout le contraire, mais je choisis la version qui m’arrange.

En permaculture, on apprend que la première des choses c’est d’observer son terrain de jeu. Ses atouts, ses défauts, ses avantages et ses contraintes. Pour un jardin de rue, ça veut aussi dire s’intéresser à ceux qui passent, les comprendre, même quand ils ne sont apparemment pas du « bon côté », et essayer de tirer profit de la situation. Je ne sais pas ce que ça va donner dans le cas présent.

Par contre, ce que je sais, c’est que j’ai encore récupéré un truc inutile qui va encombrer l’atelier.

Quelqu’un a besoin d’une webcam ?

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bAlAde lyonnAise

Dans le métro. L’eye-liner est remarquablement bien posé. Imperceptible au coin interne de l’œil, il enfle progressivement pour re-disparaître du côté de la tempe. Elle est jeune et jolie, comme dit, ou disait, le magazine. Combien de temps a t-elle passé devant sa glace pour arriver à cette maîtrise qui la rend jeune et jolie et finalement très conforme ?

Un métro, des escalators, une place, des travaux. Bien sûr, des travaux. Avais-je vraiment imaginé que la capitale des Gaules allait m’accueillir sans marteaux-piqueurs, sans barrières, sans panneaux, sans travaux ? Une métropole n’en est probablement pas une tant qu’elle n’est pas en permanence en travaux, on a la même en plus petit à Nantes.

Parc des tables claudiennes, pentes de la croix-rousse. Elles sont sales, ces pentes. Je me dis que c’est peut-être parce qu’il est difficile d’y avoir une voiture, donc difficile d’emmener ses encombrants à la déchetterie. Mais les rues sont sales de canettes, sacs papiers et autres morceaux de plastique. Les employés municipaux passent le jet sur les trottoirs et dans les traboules car attention, touristes. Ça brille, ça a des petits côtés de ville du sud, ça donne une drôle d’ambiance. Des gens prennent soin alors que d’autres sont manifestement bien crades.

En bas de l’escalier, le nième escalier, mais il est particulier car c’est celui qu’on descendait en glissant assis sur la rampe, il y a des jeunes et des chiens. Elle sort de son immeuble, très bien habillée et perchée sur de fins talons. En plus de son tote bag elle porte deux bébés, un de chaque côté. Comment fait elle pour s’harnacher ainsi, se barder littéralement de ses deux bébés ? Y a t-il un père à un bout de son trajet et une nounou à l’autre ? Elle s’attaque aux escaliers sans férir, ne ralentit pas et ne s’arrête pas arrivée en haut. Même pas essoufflée, si ça se trouve. Je suis admirative et un peu attristée.

Celle-la est tatouée, partout. Elle monte les escaliers en courant, puis les redescend, puis les remonte, puis les redescend et ainsi de suite. Elle a décidé de contrôler son corps, elle lui fait faire la navette. Je la laisse à ses travaux de tissage, comme un hommage aux canuts qui ont ici travaillé la soie pendant longtemps.

C’est un bâtiment gris métallique avec des fenêtres obturées de stores métalliques fixes. En rez de chaussée,  deux portes d’ascenseur, très larges. L’une d’elle s’ouvre. Le moteur tourne, le casque est mis, tout est prêt depuis longtemps, le motard sort. Ma naïveté me fait penser qu’il s’agit d’un parking spécial pour les motards. La porte s’ouvre à nouveau. Cet ascenseur est suffisamment large et puissant pour transporter et faire sortir une voiture des entrailles du bâtiment. Des ascenseurs pour voitures. Peut-être m’en faut-il peu, mais je dois avouer que je suis sidérée.

A l’arrêt de bus Pouteau je dis bonjour à Lambert Wilson, qui porte des cartons d’emballage et me répond gentiment, sauf que ça ne doit pas être lui.

Mignonne, cette courette. Mais visiblement personne n’a le temps de s’en occuper, herbes folles et éléments de mobilier en passe de devenir des déchets. Et puis, quand même : « ouvertures blindées et protection électronique » est-il écrit sur la porte d’entrée. Bien sûr…

Comme je me balade en ville après une virée en montagne, j’ai des chaussures de rando et un sac à dos, oui, c’est vrai. « Il vous manque le ventral, madame, pour mieux marquer ». A moins quelle n’ait un défaut de prononciation qui m’ait trompé ?  Ressayons. « Il vous manque le ventral, madame, pour mieux marcher (?) » Peut-être… Posture agacée et ton légèrement agressif, casque rouge sur les oreilles. Elle n’attend pas de réponse, ça tombe bien, je n’en ai pas.

Si ma vue est bonne, c’est à dire si mes lunettes sont bien réglées, il s’appelle Jean-Philippe, mais non ce n’est pas ça, on ne voit pas les pattes des p. Sa chérie s’appelle Valérie, ça c’est sûr, je le vois très bien. Ils ont la cinquantaine, ils sont en tenue de chantier, enfin plutôt de peintre décorateur. Ils sont assis en terrasse, la dame qui les accompagne, petit caddie de course, coupe de cheveux impeccable, vernis rouge, bisous, petite robe vert canard avec un très joli nœud de dos, lunettes stylées, perles aux oreilles, a tenu à payer le café. Petite bataille de portefeuilles, pour dire, parce que je vois bien que celui de Jean-Quelquechose traîne un peu à cracher son billet. La dame dit au serveur qui veut rendre la monnaie « non, non,…, gardez, gardez… », d’un air chic et détaché qui trahit l’habitude du pourboire, la générosité de la gauche bourgeoise, enfin bref. Ils parlent de quelqu’un et la dame dit « mais c’est sa femme… elle est sympa, mais qu’est-ce qu’elle est prout prout ». Je pense « nom de dieu, qu’est ce que ça doit être », et cette remarque à l’emporte-pièce est vite temporisée par mon modérateur personnel : « ouais enfin, bêcheuse, tu sais bien qu’on est toujours le prout prout ou la bourge de gauche de quelqu’un ». Mais c’est pas ça qui m’attracte. Il s’appelle Jean-Quelquechose et décidément c’est écrit de manière trop stylisée pour que je sache quel est son prénom. Elle s’appelle Valérie, ça c’est sûr, je l’ai déjà dit. Je le sais parce qu’ils ont tous les deux le même tatouage sur l’intérieur de leur avant-bras droit, vers le poignet. Un cœur traversé d’une arabesque relie leurs deux prénoms.

11h56 devant l’école maternelle Robert Doisneau : 11 femmes, 5 bébés, 4 poussettes et un homme attendent la libération des petits.

Les touristes sont arrivés devant la fresque des lyonnais. Mesdames prennent messieurs en photo, l’un posant sa main de manière fraternelle et au millimètre près sur l’épaule gauche de Bernard Pivot, histoire de tromper l’œil au sein même du trompe l’œil. Un autre s’accoude carrément sur l’épaule droite de l’abbé Pierre, comme s’il n’en avait pas assez supporté de son vivant. Aussi vite qu’ils sont arrivés, ils remontent dans le car et s’en vont vers d’autres facéties historico-culturelles.

Le long de la rue, dans le vieux Lyon : l’« épicerie artisanale du vieux Lyon » fait suite aux « savonneries du soleil » dont la vitrine nous éduque sur la fabrication authentique du savon de Marseille, et qui précède la non moins authentique « friterie belge », pis on arrive à « Rio bags » et là je décide de renoncer à l’analyse géographique des boutiques authentiques, ça me fait vivre trop de décalages horaires. Les quantités de produits exposées à la vente me font m’interroger sérieusement sur la dimension artisanale des affaires, mais tu n’as qu’à pas aller dans les hauts lieux touristiques si tu veux pas avoir à te poser ce genre de questions, toi aussi. Avant de devenir mauvaise, je lève la tête pour ne plus voir les vitrines, les immeubles sont beaux, les couleurs des façades sont chaudes, les encadrements des fenêtres sont authentiquement supers vieux et magnifiquement travaillés, on devine les poutres dans les appartements, et à force de baguenauder comme ça la tête en l’air, je fais lever la tête à d’autres touristes.

Le glacier « terre adélices », un jeu de mot qui pourrait me faire fuir, sauf qu’on m’a dit grand bien des produits vendus ici. La carte est longue comme un jour sans pain, je prends mon temps puis finis par me décider : yaourt au lait de brebis, miel-romarin et sésame noir. La vendeuse gratifie mon choix de parfums d’un jugement sans appel : « composition originale, mais intéressante ! » Pourquoi « mais » ? Pourquoi pas « et » ? L’originalité serait-elle disqualifiée de prime abord ? Suspecte ? La formule chercherait-elle à déguiser un jugement beaucoup moins politiquement correct, du genre mais c’est n’importe quoi ton mélange, là, ça n’a aucun sens ? Quoiqu’il en soit, je décide d’y voir une représentation de ma personnalité, ça me fait du bien, et je ne vous dis pas comment les glaces sont bonnes là-bas.

Sur la passerelle qui enjambe la Saône il y a des cadenas d’amour et un improbable gobelet rempli de graines de tournesol.

Je croise Léo Ferré, décidément Lyon regorge de célébrités. Il boîte salement, il marche aidé d’une canne, pantalon noir, chemise noire, foulard rouge, cheveux blancs, longs et rares. Je décide de le suivre dans l’entrée d’immeuble qu’il emprunte, pour deux bonnes raisons. Un, c’est pas tous les jours que tu croises Léo Ferré ; deux, y’a souvent de très belles surprises architecturales au bout des entrées et des couloirs des immeubles lyonnais. Cour, traboule, miraboule. Bon, mais là, non, deux fois non, même. Pas d’architecture remarquable, et l’ancêtre ne doit finalement pas être Léo Ferré, vu qu’il entre dans une arrière boutique qui s’avère être celle d’un fleuriste bordélique qui donne exclusivement dans le bonzaï. Or, Léo Ferré est auteur compositeur interprète de chansons rigolotes, et pas éleveur de bonzaïs, ça je le sais, quand même.


Dans les rames du métro, les caméras ne sont pas de vidéosurveillance, mais de vidéoprotection. C’est comme ça que c’est écrit sur le pictogramme collé au dessus des portes. Pour que même les plus couillons ou et les plus rebelles comprennent bien, il est précisé : « on vous protège ! » Par contre, sur les murs de la station suivante, on voit grosso modo le même pictogramme mais on lit très clairement « espace sous surveillance ». C’est donc pas si clair que ça, leur histoire, il n’est apparemment pas facile de choisir. Que risquai-je donc pour que l’on veuille me protéger ? Qu’ai je donc fait pour que l’on veuille me surveiller ?… Dans les deux cas, je ne vois pas. Mais tout ceci ne me rassure guère, d’autant plus que la rame est sans chauffeur.

Sur le retour, dans le bar de la gare de Vaise, que je me résous à fréquenter pour cause de chaleur estivale inhabituelle et pour moi insupportable, les grands écrans de télé envoient merde sur merde. Musique insipide, images accablantes de nanas se frottant le ventre en ondulant des hanches, toutes habillées court court court et menu menu menu, des bagnoles rutilantes, des talons aiguilles, des piscines, du soleil, des palmiers, et des tablettes de chocolat sur le ventre des garçons, bien sûr.

Vivement le train. 

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commonweAlth

Je m’étais toujours dit non, non et non, franchement, je n’aime pas cette île…

On y pénètre par un pont, puis on se retrouve sur une quatre voies qui invite à rouler à 110 km/h. Comme cela ne présage rien de bon, je n’étais jamais allée bien loin. Une petite virée à vélo qui m’avait fait découvrir un grand chantier de digue, destinée à protéger les habitations des assauts de l’océan irrémédiablement montant. Mais, poussée par des gens divers et variés de ma connaissance qui s’y rendent régulièrement, et par une irrépressible envie de remettre le nez dehors avant de retourner au turbin, je me suis finalement décidée à aller voir de quoi il retournait vraiment.

Je me tape le petit 110 de bienvenue, y’a pas de raison, j’installe la tente, je sors le vélo de la voiture puis je pédale. Dans les marais, sur l’ancienne digue qui borde les marais, dans les bois, sur la route le long des tristes champs, pousse-t-il jamais quelque chose dans ces champs ? Puis, au sortir d’un chemin, le cimetière.

De temps en temps, avec modération tout de même, j’aime bien aller dans les cimetières, même si les nôtres sont d’une froideur sans nom. Mais enfin, on peut y deviner ou imaginer des petits bouts d’histoire locale. On y voit les familles influentes, les familles tout court, les alliances, on relativise devant les départs décidément trop précoces, on regarde les petites dames entretenir les tombes car oui, ce sont souvent plutôt des petites dames qui se courbent, arrosent, rempotent, arrachent, pensent aux morts, les pleurent ou les engueulent, ça on ne sait pas.

Ce cimetière-là est idéalement placé, en bordure d’océan, la belle idée. Mais il en est séparé par un mur qui bloque à coup sûr la vue de ses occupants, et par conséquent toute tentative d’évasion de leur part, fusse-t-elle par l’esprit ou par l’âme, comme vous préférez.

Je me dis c’est vrai ça, on n’est jamais trop prudent, il est quand même important de conserver un semblant d’ordre chez ses ouailles, fussent-elles trépassées. Comme on n’est décidément jamais trop prudent ici, double précaution : les tombes sont orientées parallèlement à la côte. Non, vous ne regarderez pas l’océan. Mais peut-être s’agit-il d’épargner aux morts le souvenir des invasions ennemies, des coups de tempête, des horizons sans fin ne ramenant pas les bateaux au port. Car ce n’est pas pour tout le monde que l’océan est synonyme de loisirs, de détente et de sereine contemplation.

Ici, donc, les tombes sont organisées en rangées. Rangées des mousses, du grand mât, des thoniers, du pavois, du foc, des sardiniers, des amarres, de la misaine, des fileyeurs, des matelots, de la croix, de la grand voile, du cabestan, du grand mât… De quoi occuper sa bêcheuse un bon moment, révisons les termes de la marine, ça peut toujours servir au dialogue pêcheur.

Les familles du coin sont bien visibles, il n’y a guère de signes extérieurs de richesse, mais des noms très présents : les Gendron, Pineau, Gravouil, Penisson, Izacard, Raimondeau, Couillon, Damour. On y devine les atermoiements de l’état civil, à moins que ce ne soit sa créativité face à la répétition. Celui-ci dérape et glisse gentiment du i grec au i apatride, et d’un coup la famille Raymondeau devient la famille Raimondeau, les deux noms sont sur le même caveau. Une autre fois, l’état civil flanche et tombe, éperdument. Alors, tenez-vous bien, la famille Damour devient la famille Lamour, et à porter, c’est quand même un peu plus lourd.

A l’entrée de ce cimetière, la passante attentive peut lire qu’il s’y trouve des tombes du Commonwealth. Elles sont bien là, blanches, sobres, avec quelques inscriptions. Les noms de soldats connus, et puis des inconnus, des non reconnus, des que personne n’a retrouvé, ou que personne n’a recherché.

A soldier of the 1939-1945 war, 17th june 1940, Known unto God.

17027 Private, J. Thompson, Royal Army Service Corps, 17th June 1940, age 40. Only to feel the clasp of his hand and to hear his voice again.

105547 Private, W.S.C. Morgan, Royal Army Service Corps, 25th May – 23rd June 1940, Age 24, To the world he was just a soldier. To us, he was our all.

S/97605 Private, T.G. Price, Royal Army Service Corps, 17th June 1940, Age 21. We miss you, Trev. No words can tell. We miss your smile, your love as well.

Évidemment, je me mets à pleurer doucement. Ils sont nombreux, à avoir été fauchés dans la fleur de l’âge, avant d’avoir pu grandir, vieillir, embellir le monde ou pas, enfin bref avant d’avoir eu la chance de pouvoir faire ce qu’ils avaient à faire sur terre, plutôt que de servir de chair à canon. Je pense à mes fils… Et puis il y a ces petites phrases, condensés bruts d’amour ou d’amitié, et de douleur, toujours. Ces petites phrases qui disent celles et ceux qui sont restés et qui ont du vivre avec ces vides laissés par la guerre.

C’est n’importe quoi, mais c’est comme ça.

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shAzAAAm

Les garçons viennent de débarrasser la table (modeste hommage à Benoîte Groult, mes garçons participent aux tâches ménagères). Il reste un peu de vin dans mon verre. La journée a été dense, des urgences, des coups de stress, quelques moments compliqués à passer, la vie au boulot, je suis un peu flapie.

Les garçons, donc, ayant débarrassé la table, ont rejoint leurs antres respectives. La radio est restée là, elle : petite et moche, mais fidèle à son poste, ah ah ah. 

Tout d’un coup, je suis saisie par une chanson qui vient de très loin dans le temps. Je ne remets pas le cerveau sur le titre du morceau, ni sur le nom du groupe, mais je ressens une forte émotion, mélange de nostalgie et de gratitude (si). Je m’interroge : « kessessé, que se passe t-il, que me dit cette chanson au delà de ce qu’elle raconte ? Que va t-elle chercher en moi de ma jeunesse, de mes espoirs, de mes évasions, de mes rêves ? » Je ne sais pas, je ne trouve pas… Je me dis que si j’étais Patti Smith, j’écrirais sur ce petit moment de rien très émouvant.

Puisque je ne trouve pas ce qui me brasse, je décide de Shazamer la chanson, histoire de progresser dans la compréhension du phénomène. Mais je suis loin du toujours fidèle poste de radio, le téléphone n’attrape pas les notes, je n’ai pas envie de bouger et puis peut-être que ça va finir par me revenir, bon sang. Mon fils aîné arrive, il comprend ce que je suis en train de faire car il connaît ma tête quand je suis en train de scanner ma discothèque intérieure. Comme il voit que j’en bave, que mon téléphone ne m’est d’aucune aide et qu’il comprend que je ne veux pas me lever, il me prend le portable des mains et zou.

Shazam se met à tourner à toute vitesse, je vais pas trouver avant l’algorithme, ça m’énerve. Mais voilà, subitement, venue de je ne sais où, une résurgence tranquille et assurée : « Doobie Brothers, listen to the music ». Sachant que je n’ai jamais été ultra-fan des Doobie Brothers, et qu’il est bien possible que je ne connaisse que cette chanson d’eux.

La daronne a gagné, on se marre, beau moment de connivence mère-fils…

Première morale : y’a pas de problème à se prendre pour Patti Smith, l’espace de dix minutes, et si t’y crois pas trop.

Deuxième morale : c’est quand même vachement bon de niquer Shazam, à mon âge avancé.

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lA chAsse Aux pApillons

bienvenue

Tu te promènes dans la rue et tu entends un surprenant dialogue entre deux passants. Tu te réveilles un matin avec un rêve surréaliste et très marquant en tête. Tu râles tout ce que tu peux sur ton trajet du matin à vélo pour aller au boulot. Tu écoutes la radio et tu commentes à voix haute, toute seule dans la cuisine. Tu fais une photo parce que c’est rigolo.

Tu te mets à écrire tout ça, vite fait bien fait. C’est léger, rapide, de toutes les couleurs et ça virevolte dans tous les sens. C’est pas grand-chose, mais encore faut-il être attentif et vif pour l’attraper.

Bienvenue dans la chasse aux papillons !

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le noir et le blAnc

bienvenue

Au départ, il ne s’agit que de séparer l’espace en deux. Tracée rapidement, la ligne sera droite, lisse, sans accroc, comme issue d’une règle, fonctionnelle. Tracée lentement, c’est une autre affaire, car d’autres dimensions apparaissent avec la lenteur.

D’abord, celle du temps qu’il faut pour déposer la ligne sur le papier. Elle commence à vibrer et à dire autre chose qu’une simple séparation de l’espace. Elle devient un début d’histoire qui défile sous nos yeux, sous réserve que l’on veuille bien la parcourir dans sa totalité et l’appréhender entièrement.

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les bijoux de l'océAn

bienvenue

Alors que je prenais des photos sur mon spot préféré, une famille s’est approchée, intriguée. J’aime bien ça, quand les gens font leurs gentils curieux et qu’on se met à papoter tranquillement. Or donc, présentement, nous avons : Papa, Maman et un ado de chaque sexe, mais comment font-ils pour réussir à entraîner leurs ados dans la promenade dominicale, bref passons.

Papa ne voit pas à partir de quoi je fais les pendentifs, mais fiston, qui je cite Papa « passe sa vie dans l’eau », démasque tout de suite l’algue derrière le bijou. Fierté de Papa. A l’endroit de fiston, bien sûr ; pas du tout à cause de à quel point c’est génial mon truc. Donc fierté de Papa, je disais. Qui regarde les pendentifs, et s’exclame : « Ah mais là, faut être tordu quand même ».

C’est possible, c’est pas exclu, et ça se pourrait même un peu. Mais ça doit pas être bien grave…

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les issues de secours

bienvenue

40 minutes de train. Matin et soir, 4 jours par semaine. Pendant 17 ans je crois. Je ne sais pas comment j’ai tenu le rythme, mais je l’ai tenu. Probablement aux dépens de certaines choses fondamentales. Mais également et heureusement avec des périodes de transformation de cette contrainte en beaux moments de créativité.

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les issues de secours
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le noir et le blAnc

les grAnds espAces

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le noir et le blAnc

les infiniment petits

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les lAmpperwAres

bienvenue

A chaque fois que tu vas chez Ikéa, ça ne loupe pas. Tu te retrouves dans le rayon des luminaires et tu te dis que ça serait quand même mieux que toutes les ampoules à nu qui traînent dans la maison. Tu te rapproches, tu regardes les luminaires, tu vois les prix, et assez rapidement tu décoches un expéditif et prétentieux « ouais ben franchement, on peut fabriquer le truc soi-même, y zégagèrent quand même les suédois et les chinois ». Tu rentres chez toi sans luminaire et tu passes à autre chose.

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les tApisseries

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les pousses

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les bulles

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les scritch-scrAtch

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les créAtures

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les bAvArds

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ImAgine©

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les sens de lA vie

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les vAriAtions sur une Île

vAriAtions #8

Treize fois, max 10×6, aquarelle, découpage

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vAriAtions #7

Autres cartes, 40×30, encre de chine sur papier

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les vAriAtions sur une Île

vAriAtions #6

Miroirs, 30×12, découpage de film récupéré dans une benne de chantier

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vAriAtions #5

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les le sAvAis-tu

bonus

Expéditeur :Anne
Destinataire :Cécile
Date :17/02/10 18:51
Objet :Conjugaison avec Timon

Je ne résiste pas à te faire un résumé du concept timonien du jour, la gastro-conjugaison, attention, démonstration.

Moi : peux-tu me donner un exemple de verbe du second groupe ?

Timon : vomir

Moi : et un exemple de verbe du premier groupe ?

Timon : péter

20/20, Timon vainqueur par KO intégral.

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le rouge et le noir

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lA chAsse Aux pApillons

diy

Je cherche une recette pour faire mon propre lave-glace auto. J’en trouve plusieurs, dont une qui préconise l’ajout d’huiles essentielles de citron bio (antiseptique) et de tea tree bio (antifongique). Faudrait peut-être pas pousser mémé dans les orties, pensait mon for intérieur.

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ben voyons

Nino Ferrer, les cornichons :
« On n’avait rien oublié, c’est maman qui a tout fait, elle avait travaillé pour nous sans s’arrêter. »

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Allez les petits

Soirée rugby, mais pas que. En mars 2018, Jean-Pierre Rives, maintenant sculpteur, nous dit : « être, c’est faire, surtout des choses inutiles, ça c’est essentiel. »

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rAngement divin

En rangeant l’atelier,…

Non, je reprends.

En mettant un peu d’ordre dans l’atelier, sinon je n’aurais pas à le faire si souvent, je tombe simultanément sur le prospectus que vous voyez et sur un bulletin scolaire de mon fils, que je n’estime pas indispensable de reproduire ici. Le bulletin, pas mon fils.

Je décide de ne faire aucun lien entre les deux papiers et d’ailleurs je ne vois pas comment ils ont pu se retrouver dans le même sac.

Je me demande bien, par ailleurs et en conclusion, ce qu’ils vont pouvoir trouver pour 2019, les témoins.

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grAmmAire

Hier à l’Autre Marché j’ai acheté des BD’s, petites éditions indépendantes.

La vendeuse, très engagée et très amoureuse des histoires et des graphismes à vendre, a un accent d’un peu plus loin que je ne sais pas identifier. Elle me présente un livre qui parle de la Russie, et plus précisément des invisibles en Russie.

Au détour de ses phrases, cette pure merveille : « parce que la Russie c’est immense, elle est un continente ».

Prononcez bien toutes les lettres, et laissez vous emporter par le flux de ce décalage masculin-féminin.

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gilet presque jAune

Ça c’est du gilet jaune et vert.

Veste de l’armée recyclée en gilet de cycliste « flower-power », avec l’aide de vieux et hideux gilets jaunes et oranges.

Hyper solide, y savent y faire les militaires, visibilité garantie.

Individualité préservée et créativité satisfaite.

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numérique

Amazon annonce l’ouverture de 3000 magasins sans personnel, plutôt dans le snacking. Des caméras et je ne sais quoi d’autre qui font que tu prends, tu bouffes, tu ne paies pas sur place, c’est prélevé directement sur ton compte Amazon. La technologie est au point, précise le commentateur.

Un grand sportif déplore la baisse drastique des moyens financiers attribués au sport et s’interroge sur les conséquences en terme de santé publique, aussi bien physique que mentale. « On veut faire quoi comme société, des gens qui restent assis dans leur canapé ? Qu’est ce qu’on va faire des jeunes qui ont besoin de se défouler ? C’est la vie, se défouler ! »

Nan nan nan mon garçon. Sois réaliste, sois pragmatique. La vie, c’est bouffer de la merde et s’en remettre aveuglément au numérique. Et surtout ne pas poser trop de questions, par la même occasion.

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orAlité

Entendu dans la revue de presse de France Inter.

François Fillon aurait dit, pour expliquer l’absence de notes et de rapports émis par Pénélope Fillon dans le cadre de sa mission d’assistante parlementaire (attention accroche-toi) : « le mode de fonctionnement de mon épouse dans l’équipe était essentiellement oral. »

Et ouais. Voilà. Limpide : comment, dans une seule et courte phrase, arriver à prendre les gens pour des cons et passer en même temps pour un con.

Du grand art, une maîtrise totale, c’est pas donné à tout le monde d’être à ce niveau.

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neuilly-sur-seine 92

Toujours le grand prix poésie de la RATP.

« Je voulais moi aussi

Un peu de rouge sur mes lèvres

Alors je l’ai embrassée »


Par Hippolyte, 17 ans.

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montreuil 93

Trouvée dans le métro parisien aujourd’hui, au hasard du flottement de mon regard, cette petite merveille qui me va comme un gant en ce moment.

Grand prix poésie RATP, attribué à Mme Mullen de Montreuil (93).

« Ma conscience !
Ces battements d’aile affolés contre la vitre du monde. »

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doudou

Extraits d’interviews de quadras et quinquas qui sont très satisfaits d’avoir recours aux sites de rencontre. Je n’ai pas noté la référence mais comme d’habitude, tout est vrai.

« Les rencontres de hasard, après 50 ans, c’est fini. »
« Dans les milieux privilégiés, les hommes s’arrêtent aux femmes de 55 ans. C’est très mathématique tout ça. »
« Je vis avec le quatrième depuis sept ans. Il aime mon jardin, ma campagne. Je l’ai gardé. Il est à l’écoute, il me laisse complètement libre. Il est comme mon doudou : quand je le pose quelque part, je suis sûre de le retrouver. »

Ça m’a tellement fait rêver, toutes ces belles valeurs exprimées avec grâce et naturel, que j’ai décidé d’en faire une petite synthèse :

  • il me reste 4 petits mois pour rencontrer par hasard un gueux dont je disposerai à loisir et que je pourrai poser au fond de mon jardin sans craindre qu’il ne s’enfuie.
  • il me reste 4 mois et 5 ans pour faire pareil, mais via un site de rencontres.

Let’s go.