Catégories
les photostrAtes

bienvenue

Dessiner, d’accord, mais pourquoi dessiner sur du papier photo ? Au tout début il y a une opportunité, sous la forme d’un stock de papier ramené d’un périple russe. Papier très bon marché qui ferait s’arracher les cheveux à n’importe quel photographe un tant soit peu soucieux de qualité. Idéal, par conséquent : je n’aurai aucun scrupule à le maltraiter.

Ce papier-là, c’est une multitude de possibilités : celles de coller et de décoller, d’appliquer de grandes quantités d’encre, de l’immerger entièrement dans l’eau. De gratter, aussi. Bref un support résistant, capable d’encaisser toutes sortes d’interventions. Et c’est également un papier vivant, qui a son mot à dire dans le processus de création.

Tous les papiers le sont mais celui-là particulièrement, ne serait-ce que par sa sensibilité à la lumière. Le fait de ne pas fixer le papier à l’avance revient à prendre un risque : celui de voir le dessin s’effacer au fil du temps, sous l’action de la lumière qui fait s’assombrir le support. Mais c’est aussi mettre en avant le caractère fugace de cette création, de toute chose en fait. Il faut en prendre, des précautions, pour saisir le début des choses…

Au cours de mes essais, un principe s’est imposé à moi : couvrir pour révéler. Je recouvre donc entièrement mon papier de bandes de scotch, de largeur et de longueur variables. Une fois ce travail préparatoire terminé, je recouvre encore, mais d’encre cette fois. Je laisse ensuite le temps faire son travail. C’est une période qui ne nécessite aucune intervention de ma part, un temps de pose similaire à celui qu’on effectue en photographie. Pas de question d’ordre esthétique : je maîtrise le type de scotch, la quantité d’encre et le temps de pose, mais le vrai phénomène de création m’échappe et j’aime avoir à l’accepter.

Vient ensuite le temps de la révélation : passage du papier dans un bain, décollement des bandes. Je me fais l’impression d’être au choix et selon l’humeur, un chirurgien esthétique qui enlève les bandes de soin du visage d’un patient (en tout cas comme on le voit dans certains films…) ou d’un archéologue qui retire les bandelettes d’une momie. Le bain se teinte de l’encre en trop, celle qui n’a pas eu le temps de se fixer sur le support : alors j’ai aussi l’impression d’être en face d’un animal marin qui cracherait l’encre dont il n’a pas besoin.

C’est l’œuvre qui décide de ce qu’elle doit garder ou pas. Grandes précautions et rigueur sont nécessaires si je ne veux pas défigurer le travail qui s’est accompli en cachette sous les bandes. Patience et émotion de la découverte… C’est un moment suspendu, à part, un peu comme un premier baiser. De ces moments qu’on voudrait pouvoir prolonger à l’infini tellement ils sont chargés de promesses à venir.